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Mes lectures


La clé

Il y a de ces lectures qui provoquent une montée de larmes.
Il y a de ces livres qu'on n'a même pas fini de lire et qu'on sait déjà qu'on les relira.
Il y a de ces livres qui laissent une empreinte lumineuse, ineffaçable.
Je viens d'en lire un. Il s'intitulé « La clé ».
Cette histoire magnifique est signée Angèle Delaunois, une auteure jeunesse qui bâtit une ouvre forte, déjà maintes fois primée.

L'album s'ouvre sur les jours joyeux d'une famille heureuse, qui habite une maison blanche, dotée d'une porte bleue et d'un toit rouge, avec un oranger dans la cour et des oliviers tout autour. Mais la guerre arrive dans ce pays qui n'est jamais nommé. La famille doit donc fuir. La grand-mère emporte la clé de la maison, cachée sous son voile noir. La famille se retrouve derrière les barbelés, dans un camp de réfugiés. Il y a des morts, du sang, de l'errance et du désespoir. La clé revient à chaque page, tel un lancinant leitmotiv, petit morceau de métal symbolisant l'espoir.

L'auteure a dédié son livre aux femmes arméniennes, rwandaises, juives, pakistanaises, palestiniennes, soudanaises, tibétaines et toutes les autres qui ont eu le courage de recommencer leur vie ailleurs, parce que la guerre les avait chassées de leur maison, les obligeant à emporter leur clé.

Le texte se lit comme un poème: fluide, évocateur, riche et simple à la fois. Angèle Delaunois trouve les mots justes pour dire le drame terrible des populations déplacées. Elle offre aussi des images d'un lyrisme chavirant: le murmure argenté des oliviers, le miel doux des oranges, le jus piquant des vignes, etc.

Mélange de photos, de dessins et de collages, les illustrations de Christine Delezenne alternent entre couleurs vives et couleurs sombres et se marient parfaitement avec le texte. Le livre dégage une atmosphère prenante et une charme émotive puissante, à tel point qu'on s'attarde longuement sur chaque page.

Cet album illustré vise des lecteurs plus âgés, du 3e cycle du primaire. Les enseignants qui souhaitent aborder ces thématiques (guerre, réfugiés, etc.) trouveront une fiche pédagogique sur le site de la maison d'édition Isatis

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Oh, boy!

Voici un de mes livres coups de cour. Que dis-je, coup de foudre! Je l'ai lu au moins deux fois. Peut-être trois. Sinon quatre. Je mets quiconque au défi de commencer ce roman et d'oser me dire ensuite qu'il ne l'a pas terminé. Ou qu'il ne l'a pas aimé.

Mettons les points sur les i: Marie-Aude Murail est une de mes auteures jeunesse fétiches. J'ai tout lu d'elle. Et Oh,boy! est mon préféré.

Publié en 2000, ce roman a remporté un succès légèrement... fracassant. Traduit dans plus de 10 langues et récompensé par plus de 30 prix en France et à l'étranger, Oh, boy ! est aujourd'hui étudié dans les écoles secondaires au pays de Molière.

Voici les grandes lignes de l'intrigue, juste assez pour vous intriguer. L'histoire s'ouvre sur un drame: le suicide de la mère des trois enfants Morlevent: Venise, Morgane et Siméon, qui ont 5, 8 et 14 ans. Comme le père a disparu, les voilà donc orphelins. Leur demi-frère et leur demi-sour,Bart et Josyane, deux adultes avec des personnalités aux antipodes, vont rivaliser pour obtenir la garde des trois enfants. Josyane est médecin, bourgeoise, très bon-chic-bon-genre et plutôt superficielle. Quant à Bart, un homosexuel, irresponsable et égocentrique, il ne semble pas, à prime abord, le tuteur idéal...

Voilà un roman riche, ambitieux aussi, au niveau des thématiques: deuil de l'enfant qui a perdu un parent, difficulté de l'homosexuel confronté à la discrimination, douleur d'une femme confrontée à son infertilité, angoisse d'un adolescent aux prises avec la leucémie...

Présenté ainsi, ça peut sembler mélo, mais ce ne l'est pas un iota. Car avec ses désopilants dialogues et ses abondants jeux de mots, Marie-Aude Murail fait montre d'un formidable sens de l'humour. En plus, elle mène rondement son intrigue: pas de temps mort, du suspense tant qu'on en veut. Avec ça, de l'intensité, de l'émotion, beaucoup d'émotions. L'auteure nous offre des moments d'une tendresse indicible, mais toujours avec pudeur et retenue. Jamais on ne tombe ici dans les mignonneries ou la guimauve.

Bon. En ai-je assez dit? L'ai-je assez vanté ce roman? Si vous n'avez pas lu Oh, boy!, courez-y. Ça manque à votre culture. Ça manque à votre bonheur de lecteur.

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Le cheval qui sourit

Si un cheval sourit, c'est mauvais signe
Certains auteurs sont des géants méconnus. Chris Donner est un de ceux là. Enfin, il est connu. En France surtout. Peu au Québec, il me semble.

Je viens de relire, pour la enième fois, son roman Le Cheval qui sourit. Publié en 1993, ce petit livre n'a pas pris une ride.

L'histoire se passe dans un petit village de France, où tout le monde est déprimé, à cause du chômage et de la pauvreté. L'enseignant de l'école primaire décide de lancer un projet fou pour donner de l'élan et des sourires à ses élèves. Les enfants grattent tous les fonds de tiroir et réussissent à trouver assez d'argent pour acheter un vieux cheval nommé Bir-Hakeim. Ce cheval a ceci de très particulier : il sourit. Ça plait beaucoup aux enfants. Mais les pauvres ne savent pas que quand un cheval sourit, c'est qu'il est à l'agonie! Hé oui, le propriétaire du haras leur a vendu un cheval gravement malade.

Le prof fait venir le vétérinaire, qui constate aussitôt que Bir-Hakeim est mourant. Devant les émotions des enfants, qui le transpercent comme « une corne de licorne », le vétérinaire (aussi généreux que le prof...) décide de tenter le tout pour le tout. Il ouvre le ventre de Bir-Hakeim, sort tous les intestins, les rapièce soigneusement et recoud le cheval. C'est à la fois sanglant, macabre et bouleversant. Même si le livre est destiné aux jeunes, Chris Donner n'a pas peur de dire le sang et l'odeur de la mort. C'est dur et beau à la fois. Heureusement, la fin de ce récit sans concession baigne de lumière et de joie. J'en chavire encore.

Le cheval qui sourit. Chris Donner. École des loisirs.

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